Médiateur dans un équipement recevant du public
© Bruno Lamy / Juste une image

Tiers-lieu et grande précarité : instaurer la confiance, l’exemple de Césure

Un tiers-lieu se définit par son ouverture : des étudiants, des associations, des salariés, des visiteurs de passage s’y croisent toute la journée. Cette ouverture attire aussi des personnes en grande fragilité sociale, et avec elles une question que tous les gestionnaires de lieux ouverts connaissent : comment protéger le sentiment de sécurité des uns sans exclure les autres ?

Un site hors norme, une mixité de publics assumée

Césure, installé dans l’ancien campus Censier de la Sorbonne Nouvelle, au 13 rue Santeuil dans le 5e arrondissement de Paris, est un tiers-lieu de 25 000 m² géré par la coopérative Plateau Urbain. Le site accueille près de 2 000 étudiants, plus de 200 associations et structures, des boutiques solidaires Emmaüs et un bar ouvert au public.

Le projet n’avait pas vocation à accueillir des personnes exilées. Elles ont identifié le lieu avant que quiconque ne l’ait prévu, pour ce qu’il offrait de concret : un endroit où faire une pause, recharger un téléphone, accéder à un point d’eau. Depuis la fin de l’été 2025, cette présence dans les espaces communs génère un sentiment d’insécurité chez une partie des locataires et des usagers.

Césure a tranché dans le sens de sa politique d’accueil inconditionnel : accepter la situation, et poser des règles pour que la cohabitation tienne entre ces publics et la population étudiante et active installée sur place. Restait à choisir comment. Traiter le sujet par la sécurisation, avec des agents de sécurité, produit l’effet inverse de celui recherché : les tensions montent, et avec elles le sentiment d’insécurité. Le gestionnaire a donc sollicité un dispositif de médiation sociale, en place depuis février 2026.

Ni vigile, ni travailleur social : un tiers impartial

La commande est double, et c’est ce qui fait la spécificité du dispositif :

  • aller à la rencontre du public vulnérable, instaurer une relation de confiance et accompagner ces personnes vers un usage des lieux conforme au règlement intérieur ;
  • rassurer les autres publics du site, dont la tranquillité conditionne la vie du tiers-lieu.

Le médiateur n’est ni un agent de sécurité chargé de faire sortir, ni un travailleur social chargé d’un suivi individuel. Il est un tiers impartial, présent au quotidien, qui connaît les visages, les habitudes et les fragilités de chacun. Cette position lui permet de dire le cadre sans humilier, et de signaler une difficulté sans dénoncer.

Les étapes qui construisent la confiance

L’immersion d’abord. Les premiers temps sont consacrés à l’observation : qui occupe quels espaces, à quelles heures, avec quelles interactions. Ce diagnostic évite les contresens, comme confondre une présence installée et une simple habitude de passage.

La régularité ensuite. La confiance avec des personnes en grande précarité ne se décrète pas, elle se gagne par la répétition : le même médiateur, aux mêmes heures, qui salue, écoute et ne promet que ce qu’il peut tenir. C’est ce lien qui rend ensuite audible le rappel des règles du lieu.

Le cadre tenu avec constance. Le règlement intérieur s’applique à tous. Le médiateur le porte de façon égale, en expliquant le pourquoi de chaque règle, et en traitant les situations une par une plutôt que par des mesures collectives qui stigmatisent.

L’orientation enfin. Reconnus par les publics vulnérables, les médiateurs facilitent l’orientation vers les structures compétentes : soin, hébergement, accompagnement administratif, insertion. Sur un site comme Césure, où opèrent déjà des acteurs de la solidarité comme l’association Aurore ou Emmaüs, le médiateur s’intègre dans l’écosystème existant et le complète, sans s’y substituer.

Ce que les gestionnaires de lieux ouverts peuvent en retenir

L’expérience de Césure rejoint ce que Promévil observe dans d’autres espaces accueillant une mixité de publics : bibliothèques, piscines, maisons de quartier, bureaux de poste, gares.

  1. Le sentiment d’insécurité se traite par la présence humaine avant de se traiter par l’équipement ; une figure connue et légitime pèse plus qu’une caméra.
  2. La réponse doit être pensée pour les deux publics à la fois : rassurer sans exclure, accueillir sans laisser faire.
  3. Le dispositif gagne à s’intégrer aux acteurs déjà présents sur le site plutôt qu’à s’y superposer.
  4. La traçabilité (main courante, notes d’ambiance, bilans réguliers avec le gestionnaire) permet d’objectiver l’évolution du climat du site et d’ajuster le dispositif.

Ces principes s’appliquent à tout espace recevant du public confronté à la grande précarité. La page consacrée à la médiation sociale détaille la méthodologie complète, de l’audit initial au bilan.


Place rénovée d'un quartier résidentiel, habitants de toutes générations

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